
Encaisser pour le compte de tiers est une activité financière complexe, soumise à une réglementation stricte en France.
Exercer cette pratique, courante dans le monde du e-commerce et des marketplaces, nécessite une vigilance particulière pour garantir la sécurité des transactions et prévenir les risques de fraude.
Comprendre les obligations légales et les exemptions possibles est déterminant pour toute entreprise souhaitant proposer ce type de service.
Obligations légales et agrément ACPR pour l’encaissement pour compte de tiers
Conditions d’agrément et capital minimum requis
Exercer légalement l’activité d’encaissement pour compte de tiers pousse les entreprises à obtenir un agrément de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR). Cette autorisation implique de satisfaire à plusieurs critères, notamment en termes de capital. Le capital minimum exigé varie selon l’étendue des services proposés, allant de 20 000 à 350 000 euros.
Par exemple, une société proposant uniquement des services de paiement limités devra justifier d’un capital de 20 000 euros, tandis qu’une entreprise effectuant des transferts de fonds devra disposer d’au moins 350 000 euros.
Procédure de demande auprès de l’ACPR
Demander l’agrément auprès de l’ACPR nécessite la constitution d’un dossier complet comprenant un business plan détaillé, des preuves de fonds propres suffisants et un audit interne rigoureux. Le traitement de la demande par l’ACPR prend généralement entre 4 et 6 mois.
Préparer bien cette démarche reste conseillé aux entreprises, car le processus d’agrément est souvent long et complexe. Pour faciliter les transferts d’argent à l’international, certaines entreprises choisissent de s’associer à des établissements déjà agréés plutôt que de demander leur propre agrément.
Obligations anti-blanchiment et conformité LAB/FT
Respecter les obligations anti-blanchiment impose l’identification des clients et le reporting des transactions suspectes à TRACFIN. Ces mesures découlent de la loi n° 2016-1691 et visent à prévenir les risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme.
Intégrer ces exigences renforce la traçabilité des fonds, avec des mises à jour récentes en 2025 qui accentuent les règles sur la cybersécurité.
| Type de service | Capital minimum requis | Délai moyen d’obtention de l’agrément |
|---|---|---|
| Services de paiement limités | 20 000 € | 4 mois |
| Transferts de fonds | 350 000 € | 6 mois |
Une étude de GererSaBoite.com en 2025 montre que le nombre de marketplaces utilisant ce modèle a connu une hausse de 20 % avec l’essor du e-commerce.
Professions bénéficiant d’exemptions sectorielles

Avocats et notaires dans leurs activités professionnelles
Gérer des fonds pour tiers bénéficie d’exemptions spécifiques pour certaines professions réglementées dans le cadre de leurs activités. Les avocats peuvent gérer des fonds clients via un compte CARPA sans nécessiter d’agrément ACPR.
Les notaires sont autorisés à effectuer des encaissements pour le compte de tiers dans le cadre de transactions immobilières, conformément à l’Ordonnance n° 45-2590.
Agents immobiliers pour la gestion locative
Percevoir des fonds pour tiers s’étend aux agents immobiliers avec une exemption pour certaines activités. Ils peuvent percevoir des loyers ou des cautions pour le compte de propriétaires dans le cadre de la gestion locative, sans avoir besoin de l’agrément ACPR.
Cette exemption est encadrée par la loi Hoguet n° 70-9, qui définit les conditions d’exercice de la profession d’agent immobilier.
Intermédiaires en assurance et agents de voyage
Encaisser des commissions spécifiques exempt les intermédiaires en assurance ou en opérations de banque (IOBSP) de l’agrément ACPR. Les agents de voyage bénéficient d’une exemption similaire pour les paiements liés aux prestations touristiques, selon le Code du tourisme.
Ces professions exercent ces activités sous des textes spécifiques qui limitent le champ d’application.
Limites et conditions d’application des exemptions
Appliquer ces exemptions reste restreint à des contextes précis et ne couvre pas les marketplaces générales. Celles-ci doivent souvent s’associer à un établissement agréé comme Lemonway ou Mangopay.
Respecter ces limites évite les risques de non-conformité, car toute extension au-delà des exemptions peut requérir un agrément complet.
Les exemptions sectorielles facilitent les opérations pour ces professions, mais exigent une adhésion stricte aux textes légaux.
- Avocats : Gestion de fonds clients via compte CARPA
- Notaires : Encaissements pour transactions immobilières
- Agents immobiliers : Perception de loyers et cautions
- Intermédiaires en assurance : Encaissements de primes spécifiques
- Agents de voyage : Paiements liés aux prestations touristiques
Solutions de mise en conformité pour les entreprises
Partenariat avec un prestataire de services de paiement agréé
S’associer à un prestataire de services de paiement (PSP) agréé permet aux entreprises de se conformer aux exigences légales sans passer par le processus d’agrément. Cette solution donne accès à l’expertise et à l’agrément du partenaire tout en se concentrant sur son cœur de métier.
En 2025, plus de 70 % des plateformes françaises ont choisi cette méthode, utilisant des PSP comme Lemonway ou Mangopay. Cette tendance s’explique notamment par la complexité de la réglementation et l’essor du paiement mobile pour les petites entreprises, qui nécessite des solutions de paiement sécurisées et conformes.
Ségrégation des fonds et comptes cantonnés
Placer les fonds des clients sur un compte cantonné est une obligation légale pour toute entité pratiquant l’encaissement pour compte de tiers. Cette mesure sépare les fonds tiers des comptes opérationnels de l’entreprise afin de les protéger en cas de faillite.
Cette pratique garantit que les fonds des clients ne servent pas à d’autres fins et restent restituables en cas de problème. Pour les SCI souhaitant créer un compte bancaire, bien comprendre ces obligations de ségrégation des fonds s’applique différemment selon la structure juridique.
Choix entre agrément direct et sous-traitance
Choisir entre un agrément direct et la sous-traitance à un PSP dépend du volume d’activité et des ressources de l’entreprise. Un agrément direct donne un contrôle total mais exige des fonds propres adéquats et un délai de 4 à 6 mois.
La sous-traitance accélère la mise en conformité, particulièrement pour les marketplaces avec un volume de transactions de 10 millions d’euros par an, qui doivent justifier d’au moins 125 000 euros de fonds propres.
| Type d’entreprise | Solution de conformité courante | Avantages |
|---|---|---|
| Marketplace en ligne | Partenariat avec un PSP agréé | Rapidité de mise en place, expertise externe |
| Plate18>Plateforme de crowdfunding | Agrément ACPR direct | Contrôle total, meilleure crédibilité |
Risques juridiques et sanctions en cas de non-conformité

Amendes administratives de l’ACPR
Exercer sans conformité expose les entreprises à des sanctions sévères de la part de l’ACPR. Les amendes administratives peuvent atteindre des montants considérables, allant jusqu’à 100 000 euros par infraction constatée.
En 2023, l’ACPR a consolidé ses contrôles, aboutissant à une hausse de 30 % des sanctions prononcées par rapport à l’année précédente. Cette tendance souligne la portée déterminante de la conformité dans ce domaine.
Poursuites pénales pour exercice illégal de services de paiement
Exercer illégalement des services de paiement peut entraîner des poursuites pénales au-delà des sanctions administratives. Les dirigeants d’entreprises non conformes s’exposent à des peines d’emprisonnement et à de lourdes amendes.
Une étude menée en 2024 par l’Observatoire de la Conformité Financière a révélé que 15 % des entreprises sanctionnées pour non-conformité ont fait l’objet de poursuites pénales, soulignant la gravité des conséquences potentielles.
Impact sur les marketplaces et plateformes e-commerce
Subir des sanctions affecte particulièrement les marketplaces et plateformes e-commerce, qui risquent des amendes jusqu’à 100 000 euros et des poursuites pour exercice illégal. Des sites comme Leboncoin ou Vinted évitent ces risques en utilisant des partenaires agréés.
Manquer de conformité peut entraîner une perte de confiance des utilisateurs et une interruption des activités, avec des amendes pouvant atteindre 5 millions d’euros pour non-respect des règles de cybersécurité en 2025.
Les évolutions récentes, comme le Règlement MiCA applicable depuis 2024, intègrent des règles sur les actifs numériques, amplifiant les enjeux pour ces plateformes.
- Amendes administratives : Jusqu’à 100 000 € par infraction
- Poursuites pénales : Risque d’emprisonnement et amendes supplémentaires
- Interdiction d’exercer : Possible suspension ou retrait de l’agrément
- Atteinte à la réputation : Impact négatif sur l’image de l’entreprise
- Perte de clients : Baisse de confiance des partenaires et utilisateurs
